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La violence


En tant que Domina c’est un thème qui m’interroge et me porte à réfléchir. Je dois avouer que j’ai une hypersensibilité à la violence, celle qui est là pour faire mal sans jouer, celle qui peut tuer physiquement, mais aussi émotionnellement, psychologiquement.

Une violence qui fait du bruit et se voit est bien sûr à condamner ! Mais les relations sont bien souvent parsemées voir tissées de ces violences sans bruit, qui ne se voient pas. Ces petites phrases l’air de rien, lancées dans les airs sans en avoir l’air. Ces actes qui se réclament légitimes alors qu’ils viennent nier, voire écraser l’existence de l’autre.

Et si vous avez le malheur de répondre avec une réaction ayant des décibels un peu trop élevés, c’est vous qui êtes montrés du doigt et accusé de dérangement, de violence. Cela fait partie de la manipulation de la violence qui passe en sourdine. Le geste a l’air anodin, mais l’intention et la force avec laquelle il est lancé est tranchant, frappant. La vengeance ou une méchanceté crue est bien souvent là, qui prend le masque de l’innocence. Y ai je eu recours ? Oui, très certainement. C’est quelque chose de banal d’agir ainsi, cela va avec les jugements nourris, contre les autres, pour cause de différence, pour cause de vouloir se grandir (en écrasant l’autre, comme c’est se tromper). Jugements contre soi aussi et avant tout. Un jour lors d’un travail de groupe j’ai parlé des jugements et de la violence que je pouvais en ressentir, il m’a été répondu que tout le monde juge. La question a donc été balayée. Oui, c’est vrai, qui ne juge pas?

Est ce une raison pour continuer à suivre ces chemins intérieurs de façon automatique et à nourrir la violence sous jacente à nos paroles, à nos gestes, à nos décisions? Dans une volonté de conscience et de vivre une paix réelle, non.

Il y a des choses que je ne comprends pas, que je ne peux pas cautionner, auxquelles je ne peux pas participer, je me dois de discerner pour savoir à quoi j’ai à faire. Mais je ne peux pas rester avec mes prêts à penser formatés.

En jouant le pouvoir sur autrui, la violence verbale ou physique, dans mes séances je mets en scène cette énergie incroyable qui ne retient plus rien en soi. Celui qui bénéficie de la séance s’amende de son pouvoir volontairement, et alors vit aussi cette énergie non retenue, présente, puissante. Quelque chose qui attrait à la colère n’est ce pas ? Un flot comme un volcan qui se déverse. Marshall Rosenberg le père de la communication non violente disait en parlant des colères des enfants que c’est une énergie de vie colossale ! Et qu’un parent voyant son enfant faire une colère devrait pouvoir en dire à son voisin, « qu’est ce que mon enfant a comme énergie de vie ! » plutôt que de désespérer de ses colères. Rien de facile à canaliser, je ne dis pas le contraire ! Mais combien de notre énergie de vie a été brimée, rejetée, jugée ? La mise en scène de vivre la colère, la méchanceté, la violence est une façon de libérer ces réservoirs d’énergie rentrés en nous, scellés au dedans. Il y a bien plus qui se joue dans une séance, la répétition de ce qui a été intégré comme jouissif au cours de l’enfance et après. Quels jugements puis je poser dessus? Aucun? Si ta façon, ma façon, de jouir, d’avoir du plaisir passe par telle situation ou telle mise en scène, cela ne se commande pas, c’est juste un fait. Alors pourquoi ne pas simplement l’accepter? On ne peut pas empêcher qui que ce soit d’avoir tel ou tel fantasme dit Catherine Robbe-Grillet. Après est ce qu’on joue ce fantasme ou non est une autre question, chacun a ses limites. Mais si le fantasme de quelqu’un consiste à se faire marche dessus et à se faire frapper, la violence consisterait à nier son fantasme, à le juger irrecevable et déviant. Dans ce qui se joue dans les jeux SM tant que chacun y trouve son plaisir, et qu’il n’y a pas de mise en danger de vie, alors tout va bien. C’est pourquoi il y a une nécessité extrême d’écoute, de l’autre et de soi. On ne rentre pas dans ces jeux sans une finesse de perception, et sans responsabilité. Si quelqu’un me donne son pouvoir, il est responsable de ce don, et chez moi, il dure le temps de la séance, tout en sachant qu’à chaque instant le jeu peut s’arrêter. Le seul enjeu qui puisse être est de vivre un temps qui soit bon et nourrissant. Oui les jeux SM sont des jeux où nous jouons avec le feu car nous jouons avec ce qui est à l’origine de la vie, le Désir, énergie sauvage! Et aussi avec une intensité présente à tous niveaux. L’écoute ne va pas sans la maitrise, et la canalisation.

Défenseuse et amoureuse de la liberté, je trouve magnifique de pouvoir vivre de telles séances, de se permettre une telle liberté d’aller vers ce qui fait vibrer au-delà de toutes les conventions. Je trouve tellement beau de vivre avec authenticité l’énergie et les élans en soi dans un cadre protégé et préservé. Jouer veut dire ne pas s’identifier aussi… quand nous jouons à quelque chose, cela signifie que nous endossons un rôle, cela laisse une respiration où il n’y a pas confusion. Si j’aime jouer la méchante, ou si j’aime jouer la victime, ou le moins que rien, cela signifie que ce n’est pas ce que je suis, mais qu’à travers cet habit je reconnais l’énergie de Vie qui me traverse et je la laisse se déverser en moi. La Vie est plus intelligente que nous, un peu d’humilité dans nos pas et nos regards est bon.

Eglantine.




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