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Qu'en est il du SM? Et le shibari...

Les personnes sadiques ou masochistes existent bien sûr, mais si l’emploi de ces termes est assez répandu, nous sommes souvent loin des personnes qui pourraient apprécier un univers de Sade, ou d’Histoire d’O ou de Catherine Robbe Grillet. Ces univers, même si les personnages mis en scène sont consentants, la douleur infligée, les humiliations sont traumatiques et le corps peut être endommagé sévèrement. Il y a des personnes qui recherchent ces expériences, elles ne sont pas en si grand nombre, non pas pour une question de moralité, mais bien plus parce que ce sont des demandes extrêmes pour lesquelles je n’entrerai pas dans la psychologie et les systèmes d’attachement. Et il ne s’agit en aucune façon de juger mais bien de regarder.


La plupart du temps quand les personnes viennent à moi et me disent vouloir être soumises, nous ne sommes pas dans le registre SM à proprement dit. D’ailleurs les termes « soumis » et « domina » sont dévoyés. Ils sont utilisés faute de mieux, mais il n’y a aucun soumis réel devant une domina toute puissante. En réalité c’est bien plus le fantasme fusionnel qui peut se mettre en scène (mais pas obligatoirement), et la demande du « soumis » d’être totalement pris en charge, de se sentir manipulé -au sens premier- en relâchant toute attention sur l’extérieur, en relâchant toute tension de « devoir » faire quelque chose ou de répondre à une demande, pour revenir à lui et à ses sensations et à l’écoute de ses émotions, de son corps. C’est même peut-être parfois une démarche inconsciente vers une sortie du fantasme fusionnel qui aspire beaucoup d’énergie et fatigue énormément ; avoir la possibilité d’un espace sécure (à tout moment il y a la possibilité d’un ajustement dans le jeu sur demande- apprendre à dire quand ça ne va pas-) pour expérimenter des sensations fortes, sans qu’il y ai d’attente de réponse.


Pour la domina (en l’occurrence je parle de moi) c’est un terme qui m’amuse, c’est vraiment un jeu, et loin d’être une identification. Le jeu invente des situations, des personnages dans des rôles qui ne sont pas pour de vrai ! Ainsi il n’y a pas de conséquences ou de continuité au sortir de la session de jeu. Ici aussi il est question de fantasme de fusion… comment l’entendre, dans quel sens ? Projeté par le soumis, vécu par la domina ? Et celui de la toute-puissance - grande protection contre le sentiment d’impuissance qui est la racine de tous les maux et blessures. Fusion, toute puissance, quel beau combo !! Oui, la domina écoute les sensations de son soumis (je ne mets plus de guillemets mais entendez les!), fusionne avec ou se met en résonance avec pour y répondre, pour l’emmener là où il va ressentir, se déposer et vivre une intensité unique. Et elle endosse le pouvoir de faire ressentir à l’autre en dirigeant la session. C’est la figure de la femme puissante qui prend possession de l’autre. Sauf que là aussi le jeu est conscient et que la domina a la responsabilité de prendre soin de son soumis, et qu’elle a ses propres limites qu’elle respecte sans les confondre avec les désirs ou les possibles attentes du soumis. Il n’y a donc pas réellement fusion ni pouvoir sur l’autre mais un espace commun où s’expérimentent des mouvements énergétiques intenses, qui amènent à la détente, pour l’espace d’un instant.


Ainsi nous avons bien plus affaire dans cette pratique à une expression libérée de deux facettes des personnes qui incarnent la domina et le soumis. Personne ne s’est perdu, dissolu, éteint dans cette pratique, au contraire chacun a laissé s’exprimer une part de soi et donc les deux personnes en ressortent vivifiées, lumineuses et calmes, plus centrées. Si ce n’est pas le cas, alors c’est que la session n’a pas été sur le mode que je décris et que je tiens comme ligne d’exploration.


Le shibari pour ces rôles est mon outil, je ne propose plus de jeu de rôles vraiment, ou rarement je peux en accepter, parce que les sessions sont relativement courtes et qu’être en silence est souvent bienvenu pour mieux être à l’écoute de soi et de ce qui se vit dans les mouvement internes et relationnels. Le shibari peut amener des inconforts (ils sont même recherchés), parfois de la douleur, il y a l’expérience de relâcher au lieu de résister, ce qui permet de rentrer vraiment en soi et d’expérimenter qu’il est possible d’être dans des postures délicates et d’accompagner les sensations en dehors de la lutte ce qui transforme les tensions du corps. Bien sûr l’intensité des sensations s’adapte à la personne qui reçoit. C’est aussi explorer une forme d’impuissance et voir que même là il est possible de se sentir calme et en confiance.


Ces expériences peuvent transformer en profondeur ce que notre système nerveux et notre cerveau ont intégré d’informations et de réflexes défensifs. Expérimenter et intégrer doucement la sécurité et la confiance dans le lien, où chacun à sa place et son expression. Et puis c’est une façon aussi d’accueillir l’expression de facettes de soi qui sont souvent réprimées, par l’éducation, par la morale. Aller vers soi en se référant à ce qui est vécu, le corps devient une boussole pour se diriger vers ce qui nous aligne en nous reliant à nous même, car le ressenti précède les interprétations.


Eglantine.



 
 
 

1 commentaire

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Jean
22 janv.
Noté 5 étoiles sur 5.

Une description fine de la domination soft dans les intentions plutôt que la douleur et la sadisme. C'est plus facile de s'y retrouver...

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